—Du moment que vous le désirez, mademoiselle, j’aurais mauvais goût à ne pas partager vos souhaits.

—Et même, poursuivit Paméla, j’aimerais à me sentir assise dans une barque, mollement balancée par la vague.

C’était là, probablement, une balle que le tailleur guettait au bond, car il s’écria:

—Ah! tu aimerais à être balancée par la mer! Eh bien! tu seras balancée, je m’y engage! Non-seulement tu verras la mer, mais encore tu iras dessus... N’est-ce pas, Timoléon, que nous lui ferons faire un tour en mer?... Tiens! est-ce que ce projet ne vous plaît pas?

En effet, la figure de Polac, qui s’était épanouie tant qu’il avait été question de voir la mer sans quitter ce qu’on nomme le plancher des vaches, s’était rembrunie dès qu’il avait été parlé de se confier aux caprices du flot. A la question de Bokel, il répondit avec une franchise quelque peu embarrassée:

—C’est qu’il me faut vous avouer que je n’ai pas du tout le pied marin... La mer ne me réussit nullement... Au premier roulis, je suis obligé de me coucher dans mon cadre où, du moment du départ à celui de l’arrivée, je reste anéanti par le mal de mer... Jusqu’à ce jour mes voyages ont été de courte durée, mais je crois que, s’il me fallait naviguer pendant un mois, je passerais tout ce temps-là sans pouvoir avaler gros comme un pois de nourriture.

Il y eut une immense explosion de joie dans le ton avec lequel le tailleur s’écria imprudemment:

—Un mois sans manger!... Quelle chance!...

Puis, tout aussitôt, pour expliquer sa singulière exclamation, il se hâta de se reprendre en disant:

—Quelle chance ce serait pour un capitaine au long cours qui aurait vingt passagers comme vous!... Il ferait une fière économie sur la nourriture.