Comme tous les gens tombés dans l’extrême misère, Dumouchet était devenu humble et timide. Pour rien au monde il ne se serait permis de rire de ce notaire royal métamorphosé en derviche tourneur. Ce fut donc quand M. de la Morpisel eut pleinement terminé ses exercices qu’il se risqua enfin à dire en présentant au tabellion un papier qui ruisselait de graisse:
—Le rôtisseur qui me fournit mes repas m’ayant, ce matin, monté des pommes de terre frites dans ce fragment de journal, le hasard a fait que j’y ai jeté les yeux. C’est alors que j’ai lu l’avis que vous donniez à MM. Timoléon Polac et Baptiste Dumouchet de passer à votre étude pour y entendre une communication importante.
Cela dit, Dumouchet salua M. de la Morpisel et ajouta:
—Je suis Baptiste Dumouchet... et je viens écouter la communication importante.
—Vous seriez entré une minute plus tôt que vous m’auriez entendu la faisant à votre cousin... Il s’agit de cinq millions qui vous attendent, répondit le notaire.
—Quoi, cinq millions! répéta Dumouchet, se sentant près de se trouver mal de bonheur.
Timoléon s’empressa de le soutenir.
—Oui, cousin, dit le nouveau marié, nous voici devenus riches... Chacun nos cinq millions!
Mais à ces mots M. de la Morpisel se mit à secouer la tête en disant vivement:
—Ah! non, ah! non, pas de malentendu, je vous prie. Je n’ai pas annoncé que cinq millions attendaient chacun de vous: ne persistez pas dans cette erreur. Je vais mieux préciser. Il y a cinq millions... cinq seulement, vous m’entendez, qui planent sur vos têtes, mais Ils ne tomberont que sur un seul de vous... c’est-à-dire sur celui de vous deux qui remplira une condition prescrite.