VII

Mettez-vous à la place des deux cousins, et que, sans un petit trémolo préparatoire, on vous annonce brusquement qu’une pluie de millions va tomber sur votre tête. Votre premier mouvement sera de pointer le nez en l’air et d’ouvrir la bouche pour recevoir l’ondée bienfaisante. Puis, la réflexion arrivant, vous penserez alors à vous demander par quelle cause il se fait que ce nuage doré crève précisément sur votre individu.

Il en aurait, indubitablement, été ainsi des jeunes gens, si, au lieu d’attendre l’éveil de leur curiosité, M. de la Morpisel ne l’avait désagréablement hâtée en parlant de «cette condition prescrite» qui n’assignait qu’un élu au bonheur de palper les millions.

—Ah! il y a une condition prescrite? répétèrent ensemble les deux cousins à cette nouvelle inquiétante qui, comme une douche d’eau froide, calma le bouillant transport de leur satisfaction.

—Une condition formelle... qui ne fait qu’un seul heureux, déclara le notaire.

Nous aurions bel à mentir en assurant que la voix des jeunes-gens était d’un calme parfait quand, avec le même ensemble, ils demandèrent:

—Quelle est cette condition?

—Ne feriez-vous pas mieux de vous informer d’abord par qui cette condition a été exigée? dit le tabellion en riant.

Notons, en passant, que Bokel, pendant cette scène qui aurait dû vivement exciter son intérêt de beau-père, demeurait bien tranquille dans son coin. Son air, sa prestance, son sourire étaient celui de l’homme qui sait d’avance à qui est réservé le gros lot.

A la remarque du notaire, les deux cousins étaient restés si bien interdits que M. de la Morpisel put continuer.