—Voyons, dit-il, ne vous doutez-vous pas un peu de qui vous vient cet héritage? car c’est un héritage... Cherchez bien... Ne vous connaissez-vous pas un parent dont, depuis longtemps, vous n’avez plus reçu de nouvelles?
—Oui, oui, notre oncle Gaspard Polac, le marin, s’écria Dumouchet.
—Le courageux corsaire. Nous avons toujours cru qu’il avait été tué dans un combat ou qu’il était mort sur les pontons anglais, ajouta Polac.
—Mort? il ne l’était pas encore il y a quelques mois, reprit le notaire, ainsi que le prouve une lettre qu’il m’écrivit alors... car, sachez-le, j’étais un des bons amis de votre oncle. Quand je le vis pour la dernière fois, il y avait à peine une année que j’avais acheté cette étude... De là vient que là-bas, sachant ses jours comptés, il s’est souvenu de moi pour me transmettre ses intentions dernières en me priant de vous retrouver.
Tout en parlant, M. de la Morpisel s’était rapproché de son bureau dont il se mit à bouleverser les paperasses avec une vivacité qui, peu à peu, dégénérant en impatience, lui fit murmurer:
—Que diable est devenue cette lettre!... impossible de remettre la main dessus!
Assis qu’il était auprès du bureau, Bokel avait entendu ces mots. Il se pencha vers le notaire et, d’un ton bien humble, il souffla à l’oreille:
—Si monsieur de la Morpisel daigne me faire l’honneur de venir m’écouter dans l’angle de la fenêtre, je lui apprendrai où se trouve sa lettre.
Pour toute réponse, le tabellion se dirigea vers l’endroit désigné.
Bien qu’il fût persuadé qu’il n’y avait aucun danger à être franc, le tailleur n’en prit pas moins ses précautions. Sa confession, dite à voix basse, commença par poser cette condition: