Semblable à l’entraîneur qui suit partout le cheval qu’il a dressé, pour qu’il ne perde rien de ces avantages qui doivent lui assurer le prix, le tailleur n’avait pas hésité un instant à accompagner Polac. Le gros homme, quand il avait une idée, la suivait jusqu’au bout du monde.

—Timoléon a beau m’affirmer qu’il est toujours malade en mer, s’était-il dit, il se peut que, cette fois, la mer lui fasse grâce. Laissé à lui-même, mon gendre dévorerait. Je dois donc être là pour veiller au grain.

Et, dans ses bagages, il avait emporté une ample provision de son fameux moka.

Mais où le courage de Bokel, si brave pour lui-même, avait faibli, c’était à propos de Paméla, qui, malgré tout, n’avait pas voulu se séparer de son mari.

—On m’a promis un voyage de noces, répétait-elle.

—Mais nous allons au diable, ma chérie, disait le papa.

—Ta, ta, ta, je ne veux pas qu’on suppose que mon mari m’a plantée là le lendemain des noces. La loi m’ordonne de suivre mon époux partout où il lui plaît de résider; le maire me l’a dit. Timoléon va au diable, dis-tu?... J’irai au diable.

—Mais ton piano, ma bichette... songes-y donc! quelle privation pour toi, car nous ne pouvons pas l’emporter!... Ne m’as-tu pas dit cent fois que l’existence serait vide pour toi sans piano? disait le père en s’adressant à l’âme de la musicienne.

Dans ce vide que devait laisser l’absence du piano, il s’était glissé, depuis la veille, un époux, ce qui fit que Paméla demeura insensible à cette perspective de rester des mois sans faire grincer les dents des malheureux auxquels il était donné d’entendre le vacarme de son beau talent.

Elle avait donc résisté à toutes les sollicitations du papa, même quand il s’était écrié avec un certain lyrisme: