—Penses-tu à mes affres de toutes les secondes quand je te verrai à la merci des flots capricieux?
Quand le tailleur avait appelé Timoléon à la rescousse, ce dernier avait répondu:
—Alors, beau-père épargnez-vous ces affres en ne venant pas avec nous.
Cette proposition avait immédiatement mis fin aux instances de Bokel.
Et puis, il faut l’avouer, bien qu’il sût ce qui en était de la fameuse prédiction de la tireuse de cartes au rôtisseur, Bokel, ressentait une terreur secrète à la pensée de Dumouchet. Il avait beau avoir les atouts pour lui et se savoir une marge de 58 livres en moins, la confiance stupide du concurrent à l’héritage le démontait.
—A-t-on vu cette canaille qui persiste quand même à nous tenir tête? murmurait-il; mais je serai-là pour éventer les piéges qu’il tendrait à mon gendre.
Si Dumouchet préparait un piége à son cousin, il faut reconnaître qu’il cachait bien son jeu. Quand on allait monter dans la diligence qui devait les conduire au port d’embarquement, Dumouchet s’était présenté fort léger de bagages, mais traînant avec lui trois sacs de pommes de terre, pois cassés et lentilles.
—A bord, où les rations sont parfois insuffisantes, il est bon d’avoir quelques provisions, avait-il dit à Bokel, qui palpait les sacs.
—Et c’est avec ce supplément de nourriture que vous comptez maigrir des 58 livres qui vous séparent de mon gendre? avait demandé le tailleur un peu rassuré.
—Ah! à propos des 58 livres, je ne vous ai pas accusé mon véritable poids, ce matin, chez le notaire. Tout à l’heure, avant de partir, l’idée m’est venue de me peser encore... Les 58 livres ne sont plus le chiffre exact.