—Eh bien, mon gendre? avait demandé Bokel dès le deuxième coup d’aviron, pressé qu’il était de voir Timoléon malade.
—Eh bien, quoi, beau père? dit Polac, sans deviner le sens de la question.
—M’aurait-il trompé? pensa le tailleur, qui, plein de méfiance, laissa tomber le dialogue.
Quand l’embarcation accosta la Méduse, on lui jeta la mince échelle de corde qui devait servir à l’escalade des arrivants. C’était un exercice de gymnastique dont se tirèrent à leur honneur Paméla, avec la prestesse d’un écureuil, Timoléon aussi agilement qu’un singe et Dumouchet à la façon prudente et calme de l’ours.
Vint alors le tour de Bokel.
Bien qu’une romance parle d’un éléphant qui, en une heure de far niente, se balançait dans une toile d’araignée, on en est toujours à se demander comment il était parvenu à se hisser jusqu’à ce genre de hamac... Etait-ce à l’aide d’une échelle de corde? Il faut en douter, si nous nous en rapportons à l’expérience tentée par Bokel, qui, ne fût-ce que du poids de la trompe, ne possédait pourtant pas la pesanteur d’un éléphant.
Les quatre premiers échelons furent franchis par l’énorme tailleur avec une espèce de facilité qui faisait l’éloge de la vigueur de ses poignets, chargés d’enlever une pareille masse. Mais, comme le pied du tailleur cherchait l’échelon suivant, la corde se livra subitement à des oscillations qui le dérobèrent sous lui, de sorte que Bokel, manquant d’un point d’appui, retenu seulement par les mains, resta suspendu dans le vide.
Une seconde de plus, et c’en était fait de notre héros, qui allait se laisser choir dans la mer, si, en cette situation critique, une large main ne s’était posée, en guise d’assiette, sous les formes puissantes de Bokel, qui parvint à retrouver pied sur l’échelle. Grâce à ce secours, donné par un des marins de l’embarcation, le tailleur put enfin se hisser jusqu’à portée des mains de Timoléon et de Dumouchet qui, l’empoignant par le collet, lui firent brusquement achever l’ascension.
Mais, au moment où il était enlevé à force de bras, Bokel sentit la main de son sauveur d’en bas tapoter ces mappemondes opulentes qu’elle avait soutenues et, en même temps, un voix gouailleuse prononçait, en dessous au tailleur, ces quelques mots:
—Gras à tuer, je le disais bien, gras à tuer!