Le premier regard de Bokel fut pour son gendre, qui, étendu dans un hamac accroché, au-dessous du sien, dormait à poings fermés. Ce sommeil prouvait un courage remarquable, car, s’endormir quand, sur sa tête, planait Bokel, cette lourde masse de Damoclès qui, à sa première chute, pouvait l’écraser, attestait, chez Timoléon, une rare insouciance du danger.
Loin d’apprécier l’héroïsme de ce sommeil, Bokel fut tout à une pensée de méfiance.
—Quoi? Nous voici en mer et pas encore malade! Le fourbe m’a abusé, se dit-il.
Certes, il n’y avait pas grand temps perdu puisque le bâtiment n’était pas à plus de cent mètres de son point de départ, mais le beau-père ne put tenir à cette preuve d’insigne mauvaise foi et, descendant de son hamac, il vint secouer Polac en s’écriant:
—Eh bien! eh bien! mon gendre, à quoi pensez-vous donc? nous sommes en mer, mon ami.
Tout en sursaut qu’il était, le réveil de Timoléon fut aimable.
—Tiens, c’est vous, beau-père? dit-il; je faisais un rêve-de bon augure. Je me voyais déjà dans la balance et enlevé par le poids de Dumouchet.
—Qui veut la fin veut les moyens, prononça sévèrement le tailleur.
—Qu’entendez-vous par là?
—Ne m’avez-vous pas affirmé que la mer ne vous réussissait pas? ajouta le beau-père de son même ton grave tout plein de reproches.