—Rira bien qui rira moins ce soir, lâcha lentement le vieux cambusier entre deux bouffées de tabac.
—Oh! oh! vos idées sont encore au noir.
—Mon garçon, il faut être une vraie buse comme notre capitaine... respect que je lui dois... pour ne pas voir de quoi il va retourner... Il a fait fausse route, l’animal bâté... toujours respect que je lui dois. Nous naviguons sur un vilain cirage, voyez-vous.
—Mais non, mais non, fit l’optimiste Dumouchet; le vent est bon.
—Heureusement, car s’il cessait, vous serions entraînés par les courants sur les récifs du golfe Saint-Cyprien. Depuis que nous avons doublé le cap Barbas, la Méduse joue un mauvais jeu.
Le loup de mer disait cela si tranquillement que Dumouchet, loin de s’en effrayer, se mit à plaisanter.
—Allons, vieil ami, vous broyez du noir parce que Filandru, le Roi Tropique, ne vous a pas donné place dans son cortége... Eh! eh! il paraît qu’ils s’amusent fort là-bas.
En effet, autour de Filandru qui trônait majestueusement, au milieu de sa cour, c’étaient des cris, des rires, des huées à chaque nouveau baptême. Beaucoup de ceux que l’aspersion attendait avaient tenté de ne pas se conformer à l’usage, mais, dénichés dans leurs cachettes, ils étaient amenés de force devant Sa Majesté Tropique et une abondante douche punissait leur rébellion.
Au milieu de cette joie, sous ce ciel bleu, par une mer calme et une bonne brise, si près de cette terre d’Afrique qu’on allait bientôt aborder, il était impossible à Dumouchet de prendre au sérieux les prédictions sinistres du cambusier.
Il revint donc à la charge en disant: