—Qu’est-ce que ce remue-ménage? demanda le tailleur en dressant l’oreille.

—Ce sont les préparatifs qui commencent.

—Préparatifs de quoi?

—De la cérémonie du baptême du Tropique. Il paraît que nous passons aujourd’hui la ligne. Vous connaissez cette coutume burlesque de la marine... les gens de l’équipage prétendent que ce sera fort gai... C’est un nommé Filandru qui mène toute la bande. Il va représenter le bonhomme Tropique... Le cambusier m’a dit que ce Filandru devait faire monter sur le pont la marmite du bord... Pourquoi? je l’ignore... Une imagination à lui... Je parie que ce sera drôle.

Sans qu’il pût s’en rendre compte, un petit frisson avait passé dans le dos de Bokel en entendant parler de la marmite du bord.

Il n’était pas encore remis de son émotion qu’une pétarade de coups de feu se fit entendre sur le pont, puis une musique infernale lui succéda.

—Ah! voici la cérémonie qui commence. Je monte là-haut pour n’en rien perdre, annonça Dumouchet.

Nous ne nous attarderons pas à détailler cette burlesque fête maritime, aujourd’hui tombée en désuétude, qu’on appelait le baptême de la Ligne et qui mettait à la merci des marins ceux qui, pour la première fois, passaient sous le tropique. C’était alors pour les équipages une double occasion de se réjouir et d’empocher l’argent des passagers, qui payaient tribut pour se soustraire au bain formidable dont la coutume les menaçait. Sur la Méduse, qui comptait deux cent quarante passagers, la fête en question promettait donc, ce jour-là, une ample récolte à ses marins.

Quand Dumouchet, après avoir quitté le tailleur, mit le pied sur le pont, il aperçut son protecteur, le Père la Méduse, assis, loin de la fête, sur le petit cabestan de l’arrière et fumant une pipe si courte de tuyau que son nez avait l’air d’être sur le gril.

—Voici qu’on commence à rire! dit Dumouchet en l’abordant.