Pendant la nuit, sans qu’ils parvinssent à l’éveiller tout à fait, il sembla à Timoléon entendre des coups sourds sur un des flancs de la Méduse, mais il les attribua aux flots se brisant sur le bordage du vaisseau immobilisé dans son moule de vase.
Au petit jour, le couple s’éveilla et, tout aussitôt, monta sur le pont. Si certains qu’ils fussent d’être abandonnés, l’espérance, qui ne s’éteint jamais au cœur du plus désespéré, les poussait à croire que, peut-être, une surprise agréable les attendait là-haut.
Il ne se trompaient que de moitié. La surprise les attendait réellement, mais elle était loin d’être agréable.
Le pont de la Méduse sur lequel, la veille, ils avaient laissé leurs compagnons d’infortune, était complétement désert!
Ces coups sourds qui avaient inquiété le sommeil de Polac avaient pour cause la construction d’un radeau qui, avant le jour, avait emporté ses constructeurs loin de la Méduse. (Disons tout de suite que de ces malheureux, au nombre de douze, on n’entendit jamais parler. Le vent qui soufflait alors de terre dut les emporter au large.)
La situation se teintait en noir plus foncé pour Polac et sa femme.
Ils se voyaient seuls sur la Méduse!
Ou plutôt ils croyaient être seuls, car le bruit d’un pas pesant qui les fit se retourner les mit en présence du cambusier, l’ami de cet ingrat Dumouchet qui n’avait pas voulu suivre son conseil de rester à bord.
Il regarda un instant les jeunes gens avec cet air d’un propriétaire qui, croyant être seul à venir humer l’air dans son jardin, y rencontre deux autres promeneurs.
—Tiens, fit-il, vous n’êtes donc pas partis, cette nuit, avec les autres?