—Quinze jours... un mois peut-être.
—Et le navire résistera un mois?
—La vase dans laquelle il est entré lui sert pour ainsi dire d’emplâtre. Depuis trois jours, l’eau n’a pas monté d’un pouce dans la cale. Pour tout démolir, il faudrait une tempête de premier calibre et nous sommes à cette époque de l’année où le calme plat retient souvent deux mois entiers un navire sous le soleil brûlant du tropique... La Méduse tiendra donc un mois... Nous n’avons qu’à attendre.
—Soit! attendons, dit gaiement Paméla.
—Attendons en nous donnant du bon temps... en passant les heures aussi agréables que possible, ajouta le cambusier.
—Et à quoi pouvons-nous rendre les heures aussi agréables que possible... Ce n’est pas en faisant des promenades à cheval? avança Polac.
D’un geste, le cambusier montra les immenses provisions entassées sur le pont.
—Regardez donc cela, dit-il, sans compter ce qu’il y a encore en dessous... Par bonheur, la cuisine du navire n’est pas noyée... Donc, mangeons!... Donnons-nous des bosses de victuailles.
—Mangeons! répétèrent Polac et sa femme, d’autant plus faciles à convaincre qu’ils reconnaissaient que manger et dormir étaient les uniques passe-temps que leur offrait la Méduse.
Ils mangèrent donc... sans la crainte de voir bientôt s’épuiser l’immense garde-manger où s’entassaient les vivres que le gouvernement français avait destinés ravitailler la colonie qui lui était rendue.