Ils mangèrent, dormirent, remangèrent, redormirent, bref, une vie réglée qui les mettait six fois à table en vingt-quatre heures.
Et quels repas!!!
Car, nous l’avons dit, Paméla et surtout Timoléon étaient deux belles fourchettes!
De sorte qu’à six repas par jour, ils en étaient à leur trois cent vingt-quatrième séance à table quand, au lever de la cinquante-quatrième aurore, depuis leur abandon sur la frégate, le cambusier, à la vue d’une voile à l’horizon, cria aux deux époux:
—Voici l’Argus qui vient nous délivrer[A].
[A] NOTE DE L’ÉDITEUR: Ce fait de trois individus restés pendant cinquante-quatre jours sur la Méduse et retrouvés par l’Argus est historique.
A ce moment même, Paméla, en couvant son mari d’un regard de tendresse, était en train de se dire:
—Est-ce parce que j’adore Timoléon?... mais il me semble moins maigre.
Toutes les prédictions du vieux marin s’étaient réalisées de point en point. Après avoir cherché en mer et ramené au port les embarcations et le radeau des naufragés, les navires de l’expédition étaient repartis en quête de savoir ce que la mer avait laissé de la Méduse.
L’œil du cambusier ne s’était pas trompé à la voilure du bâtiment qui venait les délivrer au bout de près de deux mois d’attente. C’était bien l’Argus qui arrivait.