C’était le solicitor Hughesdon qui salua les deux cousins en disant:
—Messieurs, veuillez me suivre; les balances sont prêtes dans la cour.
Sur cette invitation laconique, il ouvrit une porte, ce qui permit aux jeunes gens d’apercevoir une balance dont les larges plateaux avaient servi à peser des douzaines de négrillons en l’heureux temps de la traite.
Il fallut soutenir le pauvre Dumouchet pour qu’il pût s’installer sur un plateau. Il n’avait vraiment plus que le souffle.
Quant à Timoléon, à moitié idiot par la surprise que lui avaient causée l’aspect et l’histoire de son cousin, il s’était déjà mis en marche lorsque, brusquement, il s’arrêta en poussant un cri de fureur.
Il se trouvait devant un meuble qui lui avait fait défaut pendant les cinquante-quatre jours passés sur la Méduse.
Ce meuble était une glace!!!
Au lieu de ce Timoléon en lame de couteau qu’il s’était connu, la glace lui réflétait un bon gros garçon bien portant et de hautes couleurs. C’était à croire qu’il était entré dans la peau du Dumouchet fleuri qu’il narguait deux mois auparavant.
Il n’en monta pas moins dans son plateau, ce qui, incontinent, enleva celui du cousin avec une facilité désespérante pour l’époux de Paméla.
—Je paye mes deux mois de ripailles sur la Méduse, se dit Timoléon la rage au cœur.