Alors s’éleva la voix solennelle du solicitor qui disait:
—L’héritage est acquis à Baptiste Dumouchet!
Son arrêt rendu, l’homme aux favoris rouges salua encore et partit en laissant les cousins, chacun sur son plateau, où les immobilisait, l’un sa faiblesse, l’autre son désespoir.
Après un petit temps de silence, Dumouchet remua doucement la tête et d’une voix légèrement railleuse:
—Hein! fit-il, croiras-tu maintenant aux prédictions des cartes, gros incrédule!
Timoléon appelé gros par Dumouchet, c’était une bien amère ironie du sort. L’heure n’était pas à la plaisanterie pour l’infortuné Polac. A son immense déboire de perdre les millions se joignait la perspective redoutable d’avoir bientôt à tomber sous la férule de l’avide Bokel, qui, furieux de sa spéculation avortée, allait lui faire la vie dure. Aussi faut-il pardonner à Polac l’injuste colère avec laquelle il répondit à la raillerie bien innocente de son cousin:
—Gros incrédule!... Cesse tes sottes plaisanteries, voleur d’héritage!
Au lieu de répliquer qu’il avait gagné loyalement cet héritage au prix des souffrances les plus inouïes, Dumouchet se contenta de prononcer ce seul mot:
—Ingrat!!!!!
Au ton qui avait accentué ce reproche inattendu, Timoléon s’était subitement cabré.