C’est à cette partie de ses fontions que M. O***, un des commissaires de police du IXe arrondissement, était en train de procéder le matin du premier dimanche de juin 1871, c’est-à-dire quinze jours, tout au plus, après la fin du second siége de Paris.
De toute l’engeance que lui avait amenée le coup de filet des agents, le prisonnier que le commissaire interrogeait au moment où débute notre récit ressemblait si peu à tous les compagnons de poste qui l’avaient précédé sur la sellette, que c’était à croire que le magistrat, suivant une locution populaire, se l’était réservé pour la bonne bouche.
C’était un grand et fort beau garçon de vingt-cinq ans, à la chevelure brune, à la tournure élégante, aux manières distinguées, vêtu à la dernière mode. Il y avait vraiment à s’étonner, en jugeant sur l’apparence, de voir un si charmant cavalier en une pareille situation.
Pourtant, un observateur qui aurait attentivement examiné le jeune homme, n’aurait pas tardé à reconnaître, en tenant pour vrai que les yeux sont le miroir de l’âme, que le regard dudit beau garçon n’était pas d’une limpidité irréprochable. Il s’éclairait, par instants, d’une expression qui trahissait une forte dose de ruse doublée d’énergie.
Le cas qui avait amené ce gaillard-là sous les verrous, et que nous allons bientôt détailler, n’était certes pas des plus graves, mais on pouvait supposer qu’il avait mis entre les mains du commissaire un fil qui, tout mince qu’il semblait être, pouvait, si le magistrat avait l’idée de le suivre jusqu’au bout, mener à quelque chose de beaucoup plus compromettant; car, bien que notre jeune homme affectât une sorte de tranquillité dédaigneuse, un nuage d’inquiétude s’assombrissait sur son front à mesure que l’interrogatoire se poursuivait.
Cette anxiété échappait-elle à M. O***? Nous ne saurions le dire. Mais nous pouvons constater qu’il ne posait pas ses questions à l’aveuglette, car il paraissait être des mieux renseignés sur le compte de celui qu’il interrogeait.
—Bref, Maurice Prévannes, disait-il, on ne vous connaît aucune fortune, et pourtant vous menez un train de vie qui nécessite des ressources acquises.
—Je mange mes économies, répondit celui qu’on venait d’appeler Maurice Prévannes.
—Vos économies? Où et quand avez-vous pu faire des économies? poursuivit le commissaire d’un ton légèrement ironique.
—Mais je n’ai pas été toujours sans place.