—Vous? On va vous reconduire au poste, où vous attendrez ce que je déciderai de vous après l’interrogatoire de la fille Baba.

Ce disant, le commissaire avançait la main vers le timbre qui allait appeler les sergents de ville, quand, dans la pièce voisine, s’éleva un bruit de voix, puis, la porte s’ouvrant tout à coup, une jeune femme apparut en s’écriant:

—J’entrerai, vous dis-je... Je veux qu’on me rende mon Maurice.

Brune, potelée, la dent sur les lèvres, fraîche au possible, en un mot, des plus charmantes, telle était Lurette Baba, qui, après avoir repoussé les sergents de ville tentant de la retenir, faisait ainsi son entrée dans le cabinet du commissaire.

Et sans perdre de temps:

—N’est-ce pas, monsieur, continua-t-elle d’une voix câline, que vous allez me le rendre, ce bon chéri... Hier, voyez-vous, c’était de la plaisanterie.

—Plaisanterie à coups de cravache, dit le commissaire dont, en même temps que le ton se faisait sévère, l’œil s’adoucissait en détaillant le gracieux visage de Baba.

Que voulez-vous! Tout commissaire est doublé d’un homme, et, chez M. O***, l’homme était un gourmand de jolis minois.

—Est-ce qu’il y a une loi qui défend d’aimer à être battue? demanda Lurette avec un petit sourire adressé à Maurice.

—Alors, reprit le commissaire, puisque les coups sont tant de votre goût, comment se fait-il que vous les receviez de si mauvaise grâce... en criant à l’assassin... et, surtout, en traitant de canaille, dont vous savez pis que pendre, celui qui s’efforce de vous plaire à tour de bras?