Ensuite, se calmant:

—Eh bien, oui, reprit-il, l’affaire est arrangée... Mais vous n’aurez pas l’air de vous douter que ces dames sont consentantes.

Le tremblement m’avait repris.

—Alors, bégayai-je, quand vous m’avez proposé, cette demoiselle a bien voulu m’accepter?

—Il est arrivé à Clarisse... elle se nomme Clarisse... ce que j’avais prévu. En apprenant qu’il s’agissait de se sacrifier à une infortune, elle s’est évanouie sur les genoux de sa mère, madame Nubadar.

A ce nom, il se hâta d’ajouter:

—Ah! à propos de madame Nubadar, j’ai un conseil à vous donner. Cette noble étrangère possède imparfaitement notre langue... Elle use d’un français baroque, appris un peu partout... Ne vous avisez pas de rire de ses locutions étranges... Après le mariage, si l’envie vous tient de converser avec votre belle-mère, vous en serez quitte pour apprendre le turc... Je me suis laissé dire que cette dame, en langue turque, est pétillante d’esprit... Mais, ce soir, quand vous l’entendrez, pour ne pas sourire, ne cessez pas de vous dire que vous êtes en présence d’une étrangère qui daigne parler le français pour vous mettre à l’aise... Ne m’en veuillez pas de cette leçon, que vous dicte mon amour de la vérité.

—Comment? dis-je, ce soir? Quand je la verrai?... Mais vous me présentez donc ce soir même à cette dame et à sa fille?

—Mieux que cela, mon cher. Je suis chargé de vous mener ce soir dîner à l’hôtel Nubadar, en petit comité, bien entendu... On a décommandé l’ambassadeur d’Angleterre qui devait y venir piquer l’assiette aujourd’hui... Ah! on mange bien à l’hôtel Nubadar, je vous en réponds.

Sur ces dernières paroles, il partit après m’avoir donné cet avis en guise d’adieu: