La terreur d’avoir commis une bévue, bien involontaire, je vous le jure, car j’en suis encore à la comprendre, me refigea immédiatement la langue.
Cependant, sous la table, mon genou avait rencontré un autre genou. Cinq ou six fois je risquai une légère pression. Encouragé, j’allais continuer, quand, à voix basse, Touriquet me dit vivement:
—Non, merci, j’en ai assez, ça me donne le mal de mer... Adressez-vous à droite.
Du moment que mon sage mentor m’encourageait, je crus devoir persévérer dans cette façon de faire parler mon cœur et j’avançai la jambe dans la direction voulue.
Aussitôt retentit le fracas d’un violent éternument dans un verre, auquel succéda une petite pluie de vin, puis, après une vive quinte de toux, la noble étrangère articula péniblement ces mots:
—Quelle andouille que ce Touriquet qui va me pousser le genou quand je suis en train de boire! J’ai failli étrangler.
Mon excellent ami devina que je m’étais trompé d’adresse et, malgré sa profonde horreur du mensonge, il endossa la faute.
—C’est le champagne qui me travaille un peu les nerfs.
Car nous en étions au champagne. Les plats s’étaient succédé avec une rapidité qui prouvait l’activité du personnel de l’hôtel Nubadar.
Enfin l’illustre étrangère prononça d’un ton légèrement empâté: