La bonne madame Nubadar eut pitié de mon embarras et, dans son mauvais français, elle lui trouva une excuse.
—A la bonne heure! s’écria-t-elle, voilà comme je comprends, moi, qu’on chique les vivres... sans parler!... On apprécie mieux la boustifaille.
Cette bonté, à la fois fine et délicate, de la femme d’Orient qui venait à mon aide, opéra mieux sur moi que tous les conseils de Touriquet. La douce émotion de la reconnaissance fondit ma glace, dégourdit ma langue, me desserra la gorge.
Je sentis que j’allais parler.
A ce moment l’officier de bouche entra en disant d’une voix triste:
—Il m’arrive un petit malheur: j’avais offert à ces dames un poulet au cresson... mais il ne nous reste plus de poulet.
—Alors mettez-nous un peu plus de cresson, dis-je d’un ton dégagé.
Je croyais rendre sa politesse à madame Nubadar en lui venant ainsi à l’aide; en mettant de l’huile sur le froissement d’amour-propre d’une maîtresse de maison qui voit tout à coup le poulet manquer à ses convives.
Mais, alors que je triomphais d’avoir si bien débuté, j’entendis gronder à mes oreilles la voix sévère de Touriquet qui disait:
—Plaisanterie déplacée... Je vous avais pourtant bien prévenu: Rien qui sente la caserne!... Mieux valait réciter une fable.