Ce faisant, il répétait à Ririsse:

—Le maire n’a pas eu le temps de te l’apprendre, mais voilà comment on s’y prend pour nettoyer un secrétaire bien à fond.

Et ce qu’il disait était chez lui une conviction, car, derrière ma femme qui passait ses journées entières à visiter et à épousseter chaque pièce de mobilier, je puis dire que tous mes meubles, l’un après l’autre, ont passé une dizaine de fois par les mains de l’oncle Canivel.

Sur ces derniers mots, Mathurin Poliveau secoua tristement la tête, en débitant d’une voix plaintive:

—Qu’est-il devenu, ce brave oncle?... Disparu!... Qui sait si les misérables qui m’ont enlevé ma femme, n’ont pas assassiné le digne vieillard pour l’empêcher de m’aider à retrouver Clarisse.

Alors, fondant en larmes, il reprit son antienne:

—Retrouver Clarisse... moi, tout seul... Est-ce que cela m’est possible, puisque je ne l’ai jamais vue!

La lumière se faisait peu à peu pour le commissaire depuis qu’il était, pour ainsi dire, en présence des deux premiers rôles de cette farce dont l’aveugle avait été le Jocrisse.

Il comprenait que s’ils avaient jugé bon de faire de Clarisse une descendante du prophète Mahomet, c’est que cela coupait facilement court à toute cérémonie religieuse dont la parodie eût été autrement difficile que celle de l’état civil, faite sous clef, à un premier étage, à l’aide de quatre ou cinq compères de second ordre qu’on avait ensuite évincés.

Mais ce que M. O*** avait écouté de son oreille la plus attentive, c’était le récit de la fouille, vingt fois répétée sans résultat, que les deux complices avaient exécutée dans tous les meubles du logis.