—Que voulaient-ils dénicher? si c’eut été de l’argenterie, des bijoux, ils auraient mis tout de suite la main dessus, se disait-il. Ce qu’ils cherchaient devait être quelque chose d’un mince volume, un tout petit paquet, voire un simple papier, un objet enfin pouvant tenir dans le compartiment secret d’un meuble... Oui, mais quel était cet objet? Voilà le hic.

De morne qu’il était, le désespoir de Poliveau tourna brusquement à la rage. Notre héros s’empoigna la chevelure à deux mains, grinça des dents et piétina sur place en s’écriant à pleine voix:

—Ah! maudite soit ma fatale idée d’avoir été me faire opérer! Si j’avais toujours le bonheur d’être aveugle, ma douce colombe serait près de moi à palpiter sous mon aile et je n’aurais pas perdu le cher oncle Canivel, qui soignait si bien mes meubles.

Plus encore que Mathurin, le commissaire tenait à savoir ce qu’était devenu l’oncle Canivel. Il prit le ton de reproche amical pour dire au mari de la douce colombe:

—Mais, à Paris, une personne ne disparaît pas aussi facilement. Peut-être avez-vous mal cherché?

—Mal cherché! répéta Poliveau indigné, j’ai à me reprocher, je le confesse, d’être méfiant, peu crédule, toujours sur mes gardes; cela tient à ma nature de profond observateur... mais, moi, être ingrat, jamais!... Oh! que oui! je l’ai cherché, ce bon vieillard qui m’inondait de sa tendresse... Je ne vous ai donc pas conté comment j’ai constaté la disparition de ce digne parent?

—Non, et je serais heureux de l’apprendre.

—A ma sortie de la maison de santé, avant-hier, je vous ai dit que j’étais accouru chez moi plus rapide que la foudre. En ne trouvant plus Clarisse au logis, ma première pensée fut qu’elle devait être chez le cher oncle.

—Dont vous saviez l’adresse?

—Sans doute; puisque nous allions dîner chez lui tous les dimanches.