—C’est qu’alors vous étiez aveugle et que votre femme pouvait très-bien vous conduire chez l’oncle sans penser à vous donner une adresse dont votre infirmité n’avait que faire.

—Oh! que vous connaissez mal ma divine Clarisse!... Elle n’avait rien de caché pour moi, la chère âme... Son bonheur était de me renseigner sur tout, en me disant toujours: «Si je venais à mourir...» car il faut vous apprendre qu’elle avait la faiblesse des pressentiments, ce qui la faisait me répéter sans cesse: «Je suis trop heureuse près de toi, la mort doit être jalouse de ma félicité.»

Bref, pour en revenir à mon sujet, elle me disait: «Si je venais à mourir, tu serais trop embarrassé à chaque pas... je dois donc te munir d’avance de tous les renseignements possibles. Nous sommes rue Dauphine, 18, ne l’oublie pas.»

Et même, quand nous entrions dans l’allée, elle ne manquait jamais de me donner cet avertissement: «Prends-garde aux deux marches!» Car il y avait deux marches à monter avant d’arriver au pied de l’escalier.

Donc, avec l’espoir de retrouver Ririsse chez notre oncle bien-aimé, je monte en fiacre et je me fais conduire rue Dauphine, 18... J’arrive et la première chose que je cherche à reconnaître, c’est la double marche... Elle n’y était plus!... Mais je me dis: «On aura abaissé le sol de l’allée depuis ma visite à l’oncle. Tant mieux, ces deux marches étaient un vrai casse-cou...» Parvenu devant la loge, je demande au portier si le vénérable M. Canivel est chez lui.

Il me regarde et me répond:

—Canivel? Connais pas... Nous n’avons jamais eu de locataire de ce nom-là.

—C’est pourtant bien ici le nº 18.

—Tout ce qu’il y a de plus 18.

Alors l’idée me vient que je me suis probablement trompé de maison et je reprends: