Une querelle est sur le point de s’engager, mais les trois coups se font entendre derrière la toile et l’ouverture commence.

—Mon Dieu! que je suis mal assise, murmure la pauvre Cunégonde.

Pendant que les Ribolard cherchaient à découvrir leurs illustres étrangers, ils ne se doutaient guère qu’ils étaient eux-mêmes le point de mire de deux spectateurs, placés tout près de la grosse caisse, au premier rang des fauteuils d’orchestre.

C’était le peintre Ernest, accompagné de Borax, qu’il avait revêtu d’un de ses habillements. Séparés de l’orchestre par la cloison basse, ils pouvaient causer avec Paul qui, pendant la pièce, n’avait pas autre chose à faire que d’appuyer de grands coups de grosse caisse les éclats de voix du traître quand il persécute l’héroïne.

—Voici le papa Ribolard, dit Ernest à Borax.

—Pourquoi agite-t-il ainsi les bras, avec son ventre posé sur le balcon?... Il apprend donc à nager? Il va se jeter dans le parterre.

—La grande raide est l’institutrice.

—Elle est grasse comme un manche de fouet. Qu’a-t-elle donc sur les yeux... des soucoupes?

—Non, des lunettes.

—Mazette! elles sont de taille! elle a de quoi voir deux actes à la fois... Allons, bon! voilà le père Ribolard qui se remet sur le ventre!