Mademoiselle de Veausalé, qui a gardé son sang-froid, installe la famille devant une table à laquelle, sur un geste de l’institutrice, M. le duc daigne aussi prendre place. Il fait asseoir son neveu qui, toujours aveuglé par le poivre, demande d’une voix étonnée:

—Est-ce que nous sommes déjà rentrés dans la salle?

Le garçon est venu prendre les ordres des nouveaux consommateurs. Ribolard commande de l’orgeat pour les dames et un cassis pour lui. Quant au duc, il l’interroge de l’œil, n’ayant plus la témérité de rien lui offrir après la verte semonce de mademoiselle de Veausalé. Pour le tirer d’embarras, M. de Croustaflor s’adresse directement au garçon.

—Servez-moi ce que vous voudrez, dit-il.

—Mais où sommes-nous donc? redemande encore l’aveugle Bonifacio.

—Comte de Aricoti, nous sommes en la société de M. de Ribolard.

Le neveu ouvre ses yeux, plus rouges qu’un pantalon de soldat, et débite gracieusement:

—Monsieur de Ribolard, enchanté de faire votre connaissance... c’est un bonheur que m’enviera la cour de Monaco.

Le garçon revient avec les consommations demandées par le vermicellier. Laissé libre par le duc de lui servir ce qu’il voudrait, le garçon a cru être agréable au client en lui apportant un nouveau saladier plein d’eau pour faire encore infuser son nez.

Les époux Ribolard n’osent interoger, mais ils restent les yeux braqués sur le saladier en se demandant ce que le duc veut faire de ces trois litres de liquide.