Par malheur, Bonifacio, encore aveuglé par le poivre, n’y voit pas assez pour se conduire; il renverse un monsieur qui entrait à ce moment dans le café.
C’était Ribolard, qui amenait sa famille pour se rafraîchir pendant l’entr’acte.
Le duc reconnaît aussitôt le vermicellier et lui tend la main pour le relever; mais celui-ci a été tellement saisi par la surprise de se trouver aussi subitement en présence des illustrissimes étrangers qu’il reste assis par terre sans avoir la force de bouger. M. de Croustaflor et Paméla s’empressent de le remettre sur ses jambes, pendant qu’il balbutie tout ému:
—Ah! Monseigneur... Altesse... Sire... quelle auguste complaisance de la part d’un homme qui possède des phoques! Peut-on vous offrir un verre de vin?
Le rouge de la honte envahit le front de l’altière Paméla en entendant Ribolard offrir un verre de vin au duc, comme s’il s’adressait à un commissionnaire qui vient de lui scier son bois.
—Observez-vous donc, gronde-t-elle d’un ton rogue, n’oubliez pas que vous parlez à un homme dont tous les ancêtres sont morts aux croisades.
Quant à Cunégonde, elle est tremblante d’un saint respect et elle souffle à sa fille:
—Tiens-toi droite, Virginie. Le grand, qui a relevé ton papa, possède des pompiers, et le petit blond, au nez en queue de lapin, est son neveu, qui héritera des phoques.
La jeune fille ouvre des yeux ébahis en entendant cette phrase burlesque de sa mère. Elle ne comprend pas plus l’admiration de son père pour des gens qui l’ont renversé sur le derrière. Aussi, elle murmure:
—Décidément, l’Ambigu les rend malades!