—Que faut-il servir à ces messieurs? leur demande le garçon empressé.

—Tiens! s’écrie Borax, quelle est cette consommation nouvelle qu’on prend par le nez? Si c’est bon, servez-m’en une. Ça doit être russe, cette invention-là. Comment l’appelez-vous, garçon?

Le garçon explique que, depuis un quart d’heure, les voisins de table se tiennent ainsi, l’un le nez dans l’eau, l’autre les yeux sous une serviette mouillée.

Loin de baisser le ton, Borax reprend, de son organe le plus perçant:

—Mais alors, si ce monsieur attend que son nez fonde, apportez-lui donc une petite cuiller pour le retourner. Vous voyez bien que c’est un médecin qui prépare l’infusion que va boire le malade qui a une serviette sur la figure.

En entendant ces paroles, M. de Croustaflor retire son nez du saladier, jette une pièce de cinq francs au garçon et se lève en dardant un regard furieux sur le mauvais plaisant.

Au lieu de s’émouvoir du coup d’œil menaçant, le saltimbanque se dit aussitôt:

—Oui, j’en suis certain, j’ai déjà vu ce paroissien quelque part.

Sans attendre sa monnaie, le duc a enlevé la serviette du visage de son neveu, qu’il entraîne en disant:

—Venez, comte.