Mademoiselle de Veausalé fait un bond énorme d’indignation sur la banquette en entendant cette invitation trop cavalière, qui jure avec tous ses grands principes du savoir-vivre. Mais le duc de Croustaflor s’incline gracieusement et répond:

—C’est un honneur que j’ambitionnais sans oser le solliciter.

—Eh bien, si vous voulez, mardi, je tâcherai d’avoir un joli poisson et ma fille vous fera un flan.

Ribolard est resté stupéfait du succès de sa femme en parlant aux grands de la terre.

Quant à Virginie, qui a assisté muette à cette scène, un petit pressentiment vient de l’avertir qu’un danger pourrait bientôt la menacer, et elle songe à son Paul.

A l’autre bout du café, Ernest et le charlatan, assis à leur table, ont deviné ce qui se passe.

—Sapristi! grogne Borax, c’était bien la peine de dépenser dix sous de poivre pour empêcher ces deux cocos de s’entendre avec les Ribolard!

V

Le lendemain de cette soirée à l’Ambigu, la charmante Virginie, qui vient de se lever, est rêveuse dans sa chambre. Elle a enfin compris le motif de cette étrange agitation que, la veille, montraient ses parents. La brusque invitation à dîner et sa prompte acceptation lui annoncent la prochaine entrée de deux inconnus dans la maison paternelle qui, ordinairement, ne s’ouvre qu’à de vieux amis, tous anciens commerçants.

Au retour du théâtre, elle a surpris entre ses parents et Paméla quelques phrases à mots couverts qui l’ont éclairée sur la cause de l’invitation. Enfin, elle a deviné que son amour pour Paul va avoir à soutenir un assaut, et elle s’est préparée à le défendre.