Le commencement de l’attaque ne se fait pas longtemps attendre. Au premier bruit qu’elle a entendu dans la chambre de sa fille, madame Ribolard, que la joie a empêchée de dormir, est entrée chez Virginie, dont elle guettait le réveil.

—Bonjour, ma bichette, t’es-tu bien amusée hier au théâtre? demande la brave femme après avoir d’abord embrassé sa fille comme du bon pain.

—Oui, maman, beaucoup.

—La demoiselle de la pièce fait, à la fin, un joli mariage, n’est-ce pas? Un colonel de cavalerie très-riche, très-riche! Aimerais-tu à faire un pareil mariage?

—A épouser un colonel de cavalerie?

—Un colonel, ou un avoué, ou un grand seigneur, peu importe! pourvu qu’il ait une immense fortune, ajoute la mère, qui veut arriver adroitement à son but.

—Oh! maman, l’héroïne n’épouse pas le colonel à cause de sa fortune, mais parce qu’elle l’aime et qu’il l’a défendue contre le traître. Ah! à propos du traître, dis donc, est-ce que tu ne trouves pas qu’il ressemble beaucoup à un des messieurs que tu as invités à dîner?

—Auquel?

—A celui qui avait des yeux rouges... tu sais? le petit blond énorme.

—Où vois-tu donc qu’il soit énorme? demande madame Ribolard, décontenancée par cette première appréciation donnée par sa fille sur le comte Bonifacio de Aricoti.