—Ah! vraiment?

—Virginie a pu ressentir pour le comte cet éloignement que vous a inspiré la première huître; mais, de même que vous adorez maintenant les huîtres, elle raffolera du comte quand elle aura étudié toutes les brillantes qualités de cette nature d’élite.

—Vous en êtes certaine? demande Ribolard, auquel la comparaison du comte avec une huître a rendu l’espoir.

—Le neveu du duc de Croustaflor a tout pour dompter l’imagination d’une jeune fille. Il danse avec une légèreté surprenante; sa conversation est brillante; il découpe une volaille au bout de la fourchette; il chante la romance à vous faire fondre en larmes, et il est poëte jusqu’au bout des ongles. Que Virginie le regarde quand il improvise des vers, et l’auréole du poëte fera disparaître son nez.

—Est-ce qu’il n’en aura plus du tout? demande Cunégonde effrayée.

—Si, je veux dire que votre demoiselle, séduite par l’inspiration poétique qui embellira le visage du comte, ne s’apercevra plus qu’il a le nez un peu court. Donc, placez au plus vite mon protégé en face de votre fille; mettez-le à même de déployer ses moyens irrésistibles, et vous verrez Virginie se traîner à vos pieds pour vous supplier de lui donner un tel mari.

—Vous croyez, mademoiselle Paméla? Alors l’enfant aura bien changé d’avis, car, ce matin, rien n’annonce en elle qu’elle adorera le comte, dit Ribolard avec un léger doute.

—Rappelez-vous votre première huître, répète mademoiselle de Veausalé. Donc, il faut songer sérieusement à mettre les jeunes gens en présence.

—Notre dîner est pour après-demain; j’ai pensé toute la nuit à ce que j’offrirais à ces millionnaires, dit Cunégonde.

—Oh! le duc aime le sans-façon. Ainsi pas de cérémonie... douze plats tout au plus. Ayez surtout une volaille, pour fournir au comte l’occasion de prouver son talent de découpeur... un canard, par exemple... c’est le plus difficile de l’art.