—Bon! jusqu’à mardi, sans avoir l’air de rien, je jetterai dans la conversation, devant Virginie, que rien n’est plus extraordinaire à découper qu’un canard; cela préparera le triomphe du jeune homme, ajoute le vermicellier.

A la suite de cette conférence, la maison Ribolard est, pendant deux jours, tout en l’air. On époussette les meubles et on cire les parquets, on accorde le piano et on nettoie l’argenterie; enfin, on se prépare à recevoir dignement le duc de Croustaflor et son neveu.

De son côté, Borax n’a pas perdu son temps. Pendant les quarante-huit heures qui le séparaient du grand dîner, il a su se mettre au mieux avec tous les domestiques du ménage Ribolard. A l’aide de sa poudre à chandeliers, il a gagné la protection de la cuisinière Madelon, dont il a récuré bien à fond toute la batterie. Aussi s’est-il glissé dans la cuisine, et il a assisté à l’arrivée des victuailles et vu tous les apprêts culinaires.

Par la femme de chambre, il sait que, dans l’intérieur de l’appartement, on s’occupe des derniers préparatifs.

Comme il fait ce jour-là un froid excessif, madame n’a eu, depuis le matin, qu’une seule préoccupation, celle que l’appartement soit bien chaud pour l’heure où ces messieurs se présenteront.

Aussi les foyers de cheminée sont devenus de vrais brasiers et une douce chaleur règne dans le salon et la salle à manger.

Borax quitte la cuisine après avoir recueilli de la cuisinière ce dernier détail qu’on doit se mettre à table à six heures précises.

Il est tout pensif et murmure:

—Je ne peux pas aller encore leur fourrer du poivre devant leur place à table, et il faut pourtant que j’empêche ces gredins-là,—car ce sont deux vrais gredins, maintenant que la mémoire m’est revenue, je les connais,—que je les empêche, dis-je, de manger une seule bouchée de ce délicieux repas dont ils sont indignes.

Après avoir cherché un peu le moyen d’arriver à son but, Borax s’écrie tout à coup: