A six heures moins le quart, on entend le bruit sourd de la porte cochère qui se referme et, bientôt, retentit un vigoureux coup de sifflet lancé d’en bas par le concierge, qui tient parole.
—Bon! se dit Borax, voici mes coquins qui arrivent le bec enfariné.
Il prend ses plats, enjambe la fenêtre et, se promenant sur les toits comme un vrai chat, il place une assiette bien à plat sur chaque mitre des cheminées de Ribolard de manière à intercepter le passage de la fumée.
A ce moment même, au premier étage, M. de Croustaflor et son neveu pénétraient dans le salon que Cunégonde avait tant pris soin de chauffer depuis le matin.
Mais à peine les premières salutations ont-elles été faites que la cheminée lance tout à coup d’énormes bouffées d’une fumée tellement épaisse qu’il est complétement impossible de se voir. Les deux étrangers restent immobiles, sans oser bouger, dans ce salon qu’ils ne connaissent pas, de peur de renverser les meubles. Ils toussent et pleurent sans pouvoir répondre à la voix désolée de Ribolard, qui leur crie, au milieu du nuage qui le rend invisible:
—Mille pardons, messeigneurs, le vent aura changé subitement... Je n’y comprends rien. Jamais cette cheminée n’a fumé.
Le vermicellier finit par gagner une fenêtre, qu’il ouvre. La fumée se dissipe un peu, mais la douce chaleur qui régnait dans la pièce est aussitôt remplacée par un froid intense qui vient geler les deux invités sous leur habit de cérémonie.
Cunégonde est désespérée et perd la tête. Ribolard reste effaré devant la cheminée qui continue à lancer sa fumée, quand la fenêtre ouverte devait établir un courant d’air.
Seule, mademoiselle de Veausalé a gardé son sang-froid, et elle donne ce conseil aux époux contrits:
—Au lieu de laisser ces messieurs grelotter dans le salon, faites-les passer tout de suite dans la salle à manger, qui doit être bien chaude.