—Oui, oui, c’est une idée! Par ici, messieurs, donnez-nous la main, laissez-vous guider.

Au milieu de l’épais nuage, on finit par arriver à la porte de la salle à manger, qui est ouverte par Ribolard.

Le malheureux vermicellier recule épouvanté pour n’être pas asphyxié, car la salle à manger est si pleine de fumée qu’on peut à peine distinguer la lueur de la lampe.

A l’autre bout de la pièce, derrière ce nouveau nuage, on entend la voix de Madelon qui, du seuil de sa cuisine, crie avec fureur:

—Ah çà! monsieur, qu’est-ce qui prend à vos cheminées? Il n’y a pas moyen de tenir dans la cuisine... le feu de mon rôti me rend sa fumée... je n’y vois plus clair à retrouver mes casseroles. Je crains fort d’avoir pris du cirage pour du beurre... tout mon dîner est perdu!... sentez-vous?

Effectivement, à la fumée se joint une odeur de brûlé qui prouve que Madelon, aveuglée, ne pouvant plus surveiller ses fourneaux, les sauces et les mets vont de mal en pis.

—Je n’y comprends rien! jamais les cheminées n’avaient fumé, répète Ribolard avec désespoir.

On ouvre portes et fenêtres. L’appartement, que Cunégonde avait voulu rendre si chaud, est devenu une vraie glacière au milieu de laquelle le duc et le comte tremblent de froid.

—Ça va passer. Nous pourrons tout à l’heure nous mettre à table. Si, en attendant, ces messieurs voulaient accepter des édredons pour se réchauffer? dit madame Ribolard, qui pleure en voyant les deux invités souffler dans leurs doigts.

Mais M. de Croustaflor se soucie peu de rester dans un appartement qui jouit de dix degrés de froid pour y manger un mauvais dîner brûlé. Aussi, comme il a hâte de s’esquiver, il prend sa voix la plus aimable: