—M’as-tu trouvé un mari?

A quoi le papa, en s’armant de toute la majesté que lui permettait son embonpoint, répondait:

—N’es-tu donc pas bien sous l’aile de ton père?

—J’ai dix-huit ans, répliquait Paméla.

—Sois tranquille, tu ne perdras pas pour attendre un peu.

Au fond, Bokel eût été heureux de marier sa fille. La demoiselle avait un petit caractère difficile qu’elle tenait de sa défunte mère, laquelle, disait la chronique, avait été une maîtresse femme, qui menait son époux au doigt et à l’œil.

Mais si le tailleur appelait de tous ses vœux l’heure où il se débarrasserait de sa fille en faveur d’un gendre, il voulait aussi que ce gendre fût énormément riche. L’affection paternelle, avouons-le, n’entrait pour rien dans ce souhait, inspiré par l’unique égoïsme. A tailler des culottes, à couper des gilets, à coudre des habits, le cher papa s’était amassé une fortune assez rondelette, dont il ne soufflait mot à son enfant, attendu qu’il s’était promis, Paméla une fois mariée, d’appliquer cette fortune à la satisfaction de sa félicité paternelle. Le printemps et l’été de sa vie, grâce à l’humeur tyranique de sa défunte épouse, avaient été un affreux purgatoire; il voulait tâter du paradis, en se donnant un automne tout capitonné de plaisirs et de jouissances variées.

Or, un gendre énormément riche, comme il désirait de le trouver, serait fort coulant sur le chiffre de la dot, qui, si minime qu’elle pût être, devait écorner le capital auquel le tailleur comptait demander de lui égayer son été de la Saint-Martin.

Certes, Paméla était trop charmante pour que, des deux désirs du papa, celui d’être délivré de sa fille ne fût pas d’une réalisation facile. Mademoiselle Bokel n’aurait pas manqué d’amoureux... sans le sou qui se seraient estimés fort heureux de l’épouser pour ses beaux yeux. Mais, plus tard, tant il est vrai qu’on ne vit pas d’amour et d’eau claire, les jeunes époux seraient venus pleurer misère en plein milieu de ce bonheur plantureux que se promettait le tailleur. «Croissez et multipliez!» commande l’Évangile aux nouveaux mariés. A ce précepte, Bokel, en guise de corollaire, n’eût pas manqué d’ajouter l’avis suivant: «Mais ne comptez pas sur moi pour élever vos mioches.»

Donc, on le voit, il était logique en demandant au ciel un gendre fort riche.