—Un sou par tête. Je les passais à quatre centimes quand on en consommait trois cents à la fois. Seulement, tant par tête, cela m’occasionnait des contestations avec le client qui me disait: «Mais, toutes n’ont pas mordu!»

—L’observation était juste.

—Oui, mais je ne pouvais pourtant pas me faire payer à la piqûre et dire à une dame: «Retournez-vous que je compte les piqûres,» et ajouter: «Vous me devez tant.»

—Et pourquoi avez-vous changé les sangsues pour la poudre à chandelier?

—Ah! voilà: la sangsue est très-impressionnable. Le vent, l’orage, la neige, tout lui dérange la santé. On la voit tout à coup monter à la surface de l’eau du bocal. On la croit rêveuse... pas du tout, elle est morte. En une semaine, une épidémie m’a enlevé les trois quarts de mon pensionnat. Alors, découragé, j’ai voulu me débarrasser du reste.

—Et vous avez cédé votre fonds?

—Non, à revendre de cette manière, on perd trop. Comme c’était le moment du jour de l’an, j’ai fait passer dans ma clientèle le prospectus suivant:

«A tous les êtres qui nous sont chers, quel plus précieux cadeau d’étrennes peut-on offrir que la santé? Comment offre-t-on la santé? Par l’application de sangsues.—Adressez-vous donc à Nicolas Borax, qui tient à la disposition du public un assortiment complet de sangsues pour étrennes.»

—Et vous les avez vendues?

—Malheureusement, non. Elles m’adoraient, ces pauvres bêtes. Quand elles ont su qu’elles allaient changer de maître, elles ont préféré se laisser mourir. Alors, j’ai pulvérisé mes bocaux et j’en ai fait ma poudre à chandelier... qui ne nourrit pas Bourreau.