Vu chez lui le dessin d'Ingres, d'après son bas-relief et sa composition de Saint Pierre délivré de prison, etc.
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Mardi 5 octobre.—Passé la journée chez M. de Conflans, à Montmorency. Promenade dans la forêt, etc., et le soir revenu avec Félix. La dame entre nous deux et Leblond.
—Reçu ce soir une lettre de Soulier.
[156] L'opinion flatteuse de Gérard avait été très sensible à Delacroix. Gérard avait été frappé des débuts du jeune peintre; on lui prête ce mot: «C'est un homme qui court sur les toits.» Mais, comme dit Baudelaire, «pour courir sur les toits, il faut avoir la tête solide», et cette apparente critique n'était en réalité que le voile dont il couvrait l'étonnement que lui avaient inspiré ses admirables débuts. En 1837, Delacroix posa sa candidature au fauteuil de Gérard: «Je vous prie, écrivait-il au président, de vouloir bien faire agréer, par la classe des Beaux-Arts, ma candidature à la place vacante dans son sein par la mort de M. Gérard. En mettant sous ses yeux les titres sur lesquels je pourrais fonder mes prétentions à l'honneur que je sollicite, je ne puis me dissimuler leur peu d'importance, surtout dans cette occasion où la perte d'un maître aussi éminent que M. Gérard laisse dans l'École française un vide qui ne sera pas comblé de longtemps.» (Corresp., t. I, p. 215.)
[1825]
Sans date[157].—L'envie a noirci chaque feuillet de son histoire. Pendant que les Tartufe et les Basile de l'Angleterre se liguaient contre lui, il déposait la lyre à laquelle il devait sa renommée, il saisissait l'épée de Pélopidas et prodiguait en faveur des Hellènes ses travaux, ses fatigues, ses veilles, sa santé, sa fortune et enfin sa vie.—Ses ennemis ont été nombreux: mais voici son tombeau. La haine expire, l'envie pardonne. L'avenir juste va le ranger au nombre de ces hommes que des passions, le trop d'activité ont condamnés au malheur en leur donnant le génie. On dirait qu'il s'est voulu peindre dans ses vers: le malheur, voilà le partage de ces grands hommes. Telle est la récompense de leurs pensées élevées, et de ce grand sacrifice qu'ils consomment, lorsque, réunissant pour ainsi dire en des paroles harmonieuses la sensibilité de leurs organes, la délicatesse de leurs idées, leur force, leur âme, leurs passions, leur sang, leur vie, ils donnent à leurs semblables de grandes leçons et d'immortelles voluptés.