Il y a dans ma chambre deux gravures de Debucourt: les Visites et l'Orange; à l'une d'elles est inscrit: Publié le 1er jour du dix-neuvième siècle; cela me fait souvenir que j'étais déjà du monde! Que de temps depuis ma première jeunesse!

Promené le soir; rencontré, chez M. Carmen, la signora Maria Josefa.

M. Gros Chamelier a dîné avec nous. C'est un homme de l'extérieur le plus doux qui n'a bu que de l'eau à son dîner. Comme il refusait de fumer au dessert, il nous a dit simplement que sa modération était une affaire de régime; il y a plusieurs années, il en fumait trois ou quatre douzaines par jour, il buvait cinquante bouteilles d'eau-de-vie, et ne comptait pas les bouteilles de vin. Il y a quelque temps, malgré son régime, il s'est laissé aller à boire de la bière, il en a bu six ou huit bouteilles en moins de rien. Cet homme a été de même pour les femmes, avec lesquelles il a fait les plus grands excès. Il y a quelque chose de pur Hoffman dans ce caractère.

Singulière organisation de cet homme, qui a joui de toutes choses et à l'extrême. Il m'a dit que la privation du cigare lui avait plus coûté que tout le reste. Il rêvait continuellement qu'il était retourné à son ancienne habitude, qu'il se reprochait beaucoup d'avoir manqué à son régime et qu'il s'éveillait alors très content de lui. Quelle vie de jouissances a donc menée cet homme! Ce vin et surtout ce tabac étaient pour lui d'une volupté indicible.

Vers quatre heures, au couvent des Augustins avec M. Angrand. Escaliers garnis de faïences. Le chœur des frères en haut de l'église et la pièce longue auparavant, avec tableaux; même dans les mauvais portraits qui tapissent les cloîtres, influence de la belle école espagnole[188].

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Samedi 19 mai.—Au couvent des Capucins. Le Père gardien en nous montrant son jardin nous dit de prendre des fleurs, sinon pour nous, au moins pour les dames. Il ne pensait pas que le jardin du couvent fût digne de notre visite, attendu que le vent avait gâté les pois.

En entrant, cour carrée très simple, images sur les murs et l'église à droite en face. La Vierge de Murillo: les joues parfaitement peintes et les yeux célestes. L'église très obscure. La sacristie; armoires de bois noirâtre, bancs, le petit jardin du Père gardien.—Le chœur derrière, corridor en continuant. Tableau de squelette couché à droite de la porte du corridor de l'infirmerie. Corridors à perte de vue, escaliers; cartes de géographie sur les murs. Petite sculpture d'une Pietà incrustée dans le mur au-dessous d'une petite peinture d'un moine en extase en joignant les mains et contemplant le crucifix.—Cloître en bas, peintures au-dessus de chaque arceau; la Mort au milieu des richesses de la terre; le jardin.

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Dimanche 20 mai.—Le matin, au couvent des Dominicains; l'église très belle.—La cathédrale en ruine sans être achevée. Soleil du diable.