Eugène Delacroix n'avait que quinze ans quand il perdit sa mère. Il ne parlait d'elle qu'avec une tendre et pieuse admiration: «J'ai perdu ma mère sans la payer de ce qu'elle a souffert pour moi et de sa tendresse pour moi.» (Corresp., t. I, p. 46.)
[8] Philarète Chasles, le brillant et inconsistant journaliste, le collaborateur fécond des Débats, de la Revue des Deux Mondes et de la Revue de Paris, avait été le condisciple de Delacroix au lycée Louis-le-Grand. Il nous a laissé du peintre, dans ses Mémoires, cette rapide esquisse: «J'étais au lycée avec ce garçon olivâtre de front, à l'œil qui fulgurait, à la face mobile, aux joues creusées de bonne heure, à la bouche délicatement moqueuse. Il était mince, élégant de taille, et ses cheveux noirs abondants et crépus trahissaient une éclosion méridionale... Au lycée, Eugène Delacroix couvrait ses cahiers de dessins et de bonshommes. Le vrai talent est chose tellement innée et spontanée, que dès sa huitième et neuvième année, cet artiste merveilleux reproduisait les attitudes, inventait les raccourcis, dessinait et variait tous les contours, poursuivant, torturant, multipliant la forme sous tous les aspects, avec une obstination semblable à de la fureur.» (Mémoires de Philarète Chasles, t. I, p. 329.)
[9] Dès les premières années de son développement, Delacroix consacrait à la lecture tout le temps que ses travaux lui laissaient libre. Dans une lettre à Pierret du 30 août 1822, il écrivait: «Je n'ai jamais autant qu'à présent éprouvé de vifs élans à la lecture des bonnes choses; une bonne page me fait pour plusieurs jours une compagnie délicieuse.» (Corresp., t. I, p. 90.)
[10] Henri-François Riesener, peintre miniaturiste, élève de Hersent et de David, était fils de Jean-Henri Riesener, l'ébéniste célèbre par ses beaux meubles en marqueterie. Il eut lui-même un fils, Léon Riesener, cousin germain par conséquent d'Eugène Delacroix, peintre d'histoire, auquel Delacroix laissa par testament sa maison de campagne de Champrosay avec ses dépendances et les meubles qui la garnissaient.
Riesener encouragea son neveu Eugène Delacroix à ses débuts. Ce fut lui qui lui conseilla l'atelier de Guérin.
[11] Henri Hugues était un cousin de Delacroix; son nom reparaîtra à maintes reprises dans le cours du Journal. Il existe de lui un très beau portrait peint par Delacroix, dans la manière flamande, mais ébauché seulement par parties. Ce portrait appartient actuellement à madame Léon Riesener; il avait été offert par son mari au Louvre, qui, nous ne savons pour quelle raison, le refusa.
[12] Dans le volume tiré à un petit nombre d'exemplaires et qui contient les œuvres critiques d'Eugène Delacroix, on trouve ce fragment extrait du cahier manuscrit dont nous avons parlé plus haut: «J'idolâtrais le talent de Gros, qui est encore pour moi, à l'heure où je vous écris, et après tout ce que j'ai vu, un des plus notables de l'histoire de la peinture. Le hasard me fit rencontrer Gros qui, apprenant que j'étais l'auteur du tableau en question (Dante et Virgile), me fit avec une chaleur incroyable des compliments qui, pour la vie, m'ont rendu insensible à toute flatterie. Il finit par me dire, après m'en avoir fait ressortir tous les mérites, que c'était du Rubens châtié. Pour lui qui adorait Rubens, et qui avait été élevé à l'école sévère de David, c'était le plus grand des éloges...» (EUGÈNE DELACROIX, Sa vie et ses œuvres, Jules CLAYE, 1865, p. 52.)
[13] Voir Introduction, p. [vi] et [vii].
[14] Delacroix fait allusion à une opération cruelle que son père dut subir et durant laquelle il montra une énergie stoïque: c'était une opération de «sarcocèle», d'autant plus redoutable qu'à cette époque on ne la pratiquait que très rarement. Une plaquette, aujourd'hui presque introuvable, contient le récit de cette tentative chirurgicale. Nous avons pu mettre la main sur un exemplaire et nous en avons transcrit le titre: Opération de sarcocèle, faite le 27 fructidor an V, au citoyen Charles Delacroix, ex-ministre des relations extérieures, ministre plénipotentiaire de la République française près celle Batave, par le citoyen A.-B. Imbert-Delonnes, officier de santé... Publié par ordre du Gouvernement, à Paris, à l'Imprimerie de la République. Frimaire an VI.
[15] Sa sœur Henriette Delacroix, plus âgée que lui de vingt ans, avait épousé M. de Verninac Saint-Maur, ambassadeur de France à Constantinople.