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Mercredi 7 mars.—Préault venu le matin. Il y avait bien longtemps que je ne lavais vu; il m'a intéressé et amusé. Il a l'air de la bienveillance, sinon les sentiments, et cela me suffit pour me séduire. Au reste, je l'aime beaucoup.
Il me disait, à propos de la Pharsale, que c'était une mine féconde: par exemple, César s'arrêtant au bord du Rubicon, l'Évocation de la Pythonisse, etc. Il me conseille de faire pour l'année prochaine quelque sujet terrible. Cet élément est le plus fort pour frapper tout le monde.
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Jeudi 8 mars.—Le soir, Chopin. Vu chez lui un original qui est arrivé de Quimper pour l'admirer et pour le guérir; car il est ou a été médecin et a un grand mépris pour les homéopathes de toutes couleurs. C'est un amateur forcené de musique; mais son admiration se borne à peu près à Beethoven et à Chopin. Mozart ne lui paraît pas à la hauteur de ces noms-là; Cimarosa est perruque, etc.
Il faut être de Quimper pour avoir de ces idées-là, et pour les exprimer avec cet aplomb: cela passe sur le compte de la franchise bretonne... Je déteste cette espèce de caractère; cette prétendue franchise à l'aide de laquelle on débite des opinions tranchantes ou blessantes est ce qui m'est le plus antipathique. Il n'y a plus de rapports possibles entre les hommes, s'il suffit de cette franchise-là pour répondre à tout. Franchement il faut, avec cette disposition, vivre dans une étable, où les rapports s'établissent à coups de fourche ou de cornes; voilà de la franchise que je préfère.—Le matin, chez Couder[413], pour parler du tableau de Lyon. Il est spirituel, et sa femme est fort bien. Si nous avions été francs l'un et l'autre, à la manière de mon Breton, nous nous serions battus avant la fin de la séance; nous nous sommes, au contraire, quittés en fort bonne intelligence.
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Samedi, 10 mars.—Vu Mme de Forget le soir, M. de T... le matin.
J'ai été frappé de son Albert Dürer, et comme je ne l'avais jamais été; j'ai remarqué, en présence de son Saint Hubert, de son Adam et Ève, que le vrai peintre est celui qui connaît toute la nature. Ainsi ses figures humaines n'ont pas chez lui plus de perfection que celles des animaux de toutes sortes, des arbres, etc.; il fait tout au même degré, c'est-à-dire avec l'espèce de rendu que comporte l'avancement des arts à son époque. Il est un peintre instructif; tout, chez lui, est à consulter.