—Géricault est venu me voir le lendemain mercredi. J'ai été ému à son abord[39]: sottise! De là au manège royal, dont je n'attends pas grand fruit; puis été voir Cogniet.

—Le soir chez les Fielding[40].

—Hier jeudi, Taurel[41] venu me voir; il m'a donné envie de l'Italie et longue conversation à Monceaux et au retour. Quelques-unes des idées ci-dessus en sont le fruit.

—Aujourd'hui, reçu une lettre de Philarète, qui a couru après moi.

—Voici quelques-unes des folies que j'écrivais, il y a quelques jours, au crayon, tout en travaillant à mon tableau de Phrosine et Melidor.[42] C'était à la suite d'une narration de jouissances éprouvées qui m'avait donné une dose passable de mauvaise humeur.

«Pourquoi ne m'avez-vous pas reçue froidement comme vous m'aimez? Quels droits ai-je sur vous? Pourquoi avoir demandé de m'amener? Vous me dites de vous aller voir! Quel partage, ô ciel! Quelle folie! en sortant de vous voir, je me suis flatté que vos yeux m'avaient dit vrai. Il fallait me traiter en ami: c'était bien le moins. D'ailleurs qu'ai-je demandé? Je serais un misérable, si j'étais revenu chez vous avec l'espoir de vous aimer et d'être aimé. Je croyais avoir tout surmonté; je comptais surtout sur votre aide. Qu'est-ce qu'ont voulu dire vos yeux? Vous avez eu la cruauté de me donner un baiser! Pensez-vous que je vivrai avec cet homme, si je me mets à vous aimer?... et que je le souffrirai près de vous? Ou par pitié, sans doute, vous lui accorderez tout? Cette pitié-là n'accommode pas un cœur aimant... mon cœur n'est pas si compatissant... Vous me méprisez donc?...»

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Ici je ne suis plus fou.—Socrate dit qu'il faut combattre l'amour par la fuite.

—Il faudrait lire Daphnis et Chloé: c'est un des motifs antiques qu'on souffre le plus volontiers.

—Ne pas perdre de vue l'allégorie de l'Homme de génie aux portes du tombeau, et de la Barbarie qui danse autour des fagots, dans lesquels les Omar musulmans et autres jettent livres, images vénérables et l'homme lui-même. Un œil louche l'escorte à son dernier soupir, et la harpie le retient encore par son manteau ou linceul. Pour lui, il se jette dans les bras de la Vérité, déité suprême: son regret est extrême, car il laisse l'erreur et la stupidité après lui, mais il va trouver le repos. On pourrait le personnifier dans la personne du Tasse: ses fers se détachent et restent dans les mains du monstre. La couronne immortelle échappe à ses atteintes et au poison qui coule de ses lèvres sur les pages du poème.