[144] Les relations furent toujours excellentes entre Sainte-Beuve et Delacroix. En 1862, le peintre écrivait au critique: « Que je vous remercie du plaisir que m'a causé le souvenir si flatteur que vous me donnez dans votre excellent article sur ce brave Delécluze, auquel vous faites trop d'honneur en le touchant de votre plume délicate!»

Dans une étude sur Léopold Robert du 21 août 1854, Sainte-Beuve écrivait: «Il y a eu des peintres excellents écrivains; sans remonter plus haut, sir Josué Reynolds et M. Eugène Delacroix, ces brillants coloristes par le pinceau, sont d'ingénieux et d'habiles écrivains avec la plume.»

[145] Delacroix, tout comme Balzac, appréciait, à une époque où il était complètement méconnu, pour ne pas dire inconnu, le rare talent de Stendhal. Dans une curieuse note qui fait partie d'une étude du peintre sur le Jugement dernier de Michel-Ange, étude qui parut dans la Revue des Deux Mondes du 1er août 1837, Delacroix vante la magnifique description du Jugement faite par M. de Stendhal: «C'est un morceau de génie, l'un des plus poétiques et des plus frappants que j'aie lus.» (Maurice TOURNEUX, Eugène Delacroix devant ses contemporains.)

[146] Sur les rapports de Delacroix avec Mérimée, nous empruntons au livre de M. Tourneux l'indication suivante: il renvoie à un petit volume publié chez Charavay, Prosper Mérimée, ses portraits, ses dessins, sa bibliothèque (1879). «La seconde partie de ce travail est le développement d'un article paru dans l'Art du 14 novembre 1875, sous le titre de: Prosper Mérimée, ami d'Eugène Delacroix; ses dessins et ses aquarelles. L'article de l'Art était orné du fac-simile d'une feuille de croquis de Delacroix appartenant à M. Burty, d'un billet de Mérimée à Delacroix.»

[147] Le comte de Nieuwerkerke, avait succédé à Romieu à la direction général des Beaux-Arts. «Il ne se signala pas, dit Burty, par une sympathie marquée pour pour le génie de Delacroix. Le gothique et tout ce qui lui ressemble, c'est-à-dire l'imitation alambiquée et pédante des maîtres, étaient en faveur.»

[148] L'Empereur, jusqu'à son mariage, chargea la princesse Mathilde, sa cousine, de présider les cérémonies officielles. D'ailleurs, les goûts, les aptitudes, les sympathies de la princesse pour les arts et les artistes la désignaient naturellement pour occuper cette place d'honneur.

[149] Toujours l'article sur le Poussin que lui avait demandé le Moniteur.

[150] Cette conviction du maître se réfère exactement à celle que nous indiquions dans notre Étude et qu'il formulait ainsi lui-même: «La connaissance du devoir ne s'acquiert que très lentement, et ce n'est que par la douleur, le châtiment et par l'exercice progressif de la raison que l'homme diminue peu à peu sa méchanceté naturelle.» (Voir t. I, p. IX, X.)

[151] À propos de cette difficulté d'écrire, qu'il constate à certains endroits de son Journal, il nous a paru intéressant de citer une page de Baudelaire qui est en même temps une appréciation définitive du talent et des défauts d'Eugène Delacroix comme écrivain: «Si sages, si sensés et si nets de tons et d'intention que nous apparaissent les fragments littéraires du grand peintre, il serait absurde de croire qu'ils furent écrits facilement et avec la certitude d'allure de son pinceau. Autant il était sûr d'écrire ce qu'il pensait sur une toile, autant il était préoccupé de ne pouvoir peindre sa pensée sur le papier. «La plume, disait-il souvent, n'est pas mon outil: je sens que je pense juste, mais le besoin de l'ordre auquel je suis contraint d'obéir, m'effraye. Croiriez-vous que la nécessité d'écrire une page me donne la migraine?»** C'est par cette gêne, résultant du manque d'habitude, que peuvent être expliquées certaines locutions un peu usées, un peu poncif, empire même, qui échappent trop souvent à cette plume naturellement distinguée.» (BAUDELAIRE, L'Art romantique. L'Œuvre et la vie d'Eugène Delacroix.)

[152] Extrait d'un album de dessins.