Samedi 10 août.—Samedi matin, parti pour Anvers. Une certaine lâcheté me faisait hésiter; j'ai eu tout sujet de m'applaudir, comme on verra, de mon courage.
Parti à sept heures. Déjeuné au Grand Laboureur. Des Anglais, toujours et partout!
Cathédrale: le tableau d'autel.
Couru après Braekeleer[16], qui se faisait d'abord tirer l'oreille, et qui m'a enfin donné rendez-vous pour le soir à six heures et demie.
Église Saint-Jacques Saint-Paul; les Jésuites, que j'ai fort admirés et qui m'a fait penser à l'ornementation de ma chapelle; marbres incrustés, etc.
Le port d'Anvers.
Saint-Antoine de Padoue. Église petite. Un Rubens médiocre, représentant le Saint et la Vierge.—La Flagellation de saint Paul, plus sublime que jamais.
—Le Calvaire dans ladite église. Je me suis rappelé que je l'avais vu il y a onze ans, dans des circonstances, différentes.
Enfin le Musée. Fait un croquis d'après Cranach. Admiré les Âmes du purgatoire, c'est de la plus belle manière de Rubens. Je ne pouvais me détacher du tableau de la Trinité, du Saint François, de la Sainte Famille, etc. Enfin, le jeune homme qui copie le grand Christ en croix m'a prêté son échelle, et j'ai vu le tableau dans un autre jour. C'est du plus beau temps; la demi-teinte est franchement tournée dans la préparation et les touches hardies de clair et d'ombres mises dans la pâte très épaisse, surtout dans le clair. Comment ne me suis-je aperçu que maintenant à quel point Rubens procède par la demi-teinte, surtout dans ses beaux ouvrages? Ses esquisses auraient dû me mettre sur la voie. Contrairement à ce qu'on dit du Titien, il ébauche le ton des figures qui paraissent foncées sur le ton clair. Cela explique aussi qu'en faisant le fond ensuite et par un besoin extrême de faire de l'effet, il s'applique à rendre les chairs brillantes outre mesure en rendant le fond obscur. La tête du Christ, celle du soldat qui descend de l'échelle, les jambes du Christ et celles de l'homme supplicié très colorées dans la préparation, et clairs posés seulement à petites places. La Madeleine remarquable pour cette qualité: on voit clairement les yeux, les cils, les sourcils, les coins de la bouche dessinés par-dessus, je crois, dans le frais, contrairement à Paul Véronèse.