J'ai été tellement fatigué qu'après l'avoir accompagné chez l'amateur qui m'avait invité la veille à voir ses tableaux, je suis rentré à mon auberge, et j'ai dormi au lieu de retourner au Musée, ce qui aurait complété mes observations d'hier. Je suis donc resté paresseusement, écoutant le carillon qui m'enchante toujours, en attendant le dîner.

Nous partons à sept heures et demie. Trouvé au chemin de fer M. Van Huthen et un M. Cornelis, major d'artillerie, qui a été fort aimable et fort empressé, regrettant de n'avoir pu m'être utile. Mes amis ne me montrent pas cet intérêt-là. Il faut que la personne d'un homme dont le public s'occupe soit inconnue pour que ce sentiment d'empressement persiste. Quand on a vu plusieurs fois un homme remarquable, on le trouve fort justement à peu près semblable à tous les autres! Ses ouvrages nous l'avaient grandi et lui prêtaient de l'idéal. De là le proverbe: «Il n'y a pas de héros pour son valet de chambre.» Je crois qu'en y pensant mieux, on se convaincra qu'il en est autrement. Le véritable grand homme est bon à voir de près. Que les hommes superficiels, après s'être figuré qu'il était hors de la nature comme des personnages de roman, en viennent très vite à le trouver comme tout le monde, il n'y a là rien d'étonnant. Il appartient au vulgaire d'être toujours dans le faux ou à côté du vrai. L'admiration fanatique et persistante de tous ceux qui ont approché Napoléon me donne raison.

Le dimanche soir, en rentrant à Malines, sensation agréable de m'y retrouver. Tous ces bons Flamands étaient en fête; ces gens-là sont bien dans notre nature française.

—Dessiné de mémoire tout ce qui m'avait frappé pendant mon voyage d'Anvers.

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Bruxelles, lundi 12 août.—Sorti à neuf heures. Hôtel Tirlemont. Revu la cathédrale et ses magnifiques vitraux. Dessiné trop tôt et trouble d'estomac qui m'a causé un accident passager dont je me suis senti toute la journée. C'est en allant au Musée. J'y suis resté cependant jusqu'à trois heures.

—Tableau de Flinck. Celui de la première salle librement peint.

Le coup de lance. Le soldat qui perce le côté, d'une tonalité plus foncée que le larron qui est derrière, ce qui l'enlève parfaitement. Le larron, d'un ton doré,—son linge également de même valeur qui se confond avec le ciel qui est d'un gris chaud. Le cou du cheval plus clair:—un luisant très vif sur l'armure sous le bras du soldat à la lance, et le ciel très bleu entre les bras de l'autre.

La lumière dégradée sur les jambes du Christ depuis les genoux. La tête, le bras et l'autre main de la Madeleine très vifs. Les pieds du Christ, très demi-teintés, mais d'une légèreté admirable. Le genou se détachant à merveille sur le bras et la main de la Madeleine. Tout le genou du soldat qui descend de l'échelle, d'une valeur analogue aux pieds du Christ, sauf quelques luisants, mais doux.