Meph—Laisse cet objet, on ne se trouve jamais bien de le regarder... tu as bien entendu raconter l'histoire de Méduse?
Faust, tragédie de M. de Goethe, traduite en français par M. Albert Stapfer C. Motte (Paris) 1828.


[1852]

Mercredi 21 janvier.—Avez-vous vu par hasard le pont Neuf, comme on nous le fait? Il sera véritablement digne de son nom, n'ayant plus aucun rapport avec l'ancien, qui était celui que nous avons vu toujours et si connu qu'on disait: Connu comme le pont Neuf. Il faudra rayer le proverbe, avec beaucoup d'autres illusions.

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26 janvier.—Vu les tapisseries sublimes de la Vie d'Achille, de Rubens, à la vente faite à Mousseaux. Ses grands tableaux ou ses tableaux en général n'ont pas cette incorrection; mais ils n'ont pas cette verve incomparable. Ici il ne cherche pas et surtout il n'améliore pas. En voulant châtier la forme, il perd cet élan et cette liberté qui donnent l'unité et l'action; la tête d'Hector renversée, d'une expression et même d'une couleur incomparables; car il est à remarquer que, toutes passées qu'elles sont, ces tapisseries conservent étonnamment le sentiment de la couleur, d'autant plus qu'elles n'ont dû être faites que d'après des cartons légèrement colorés.

Les trépieds apportés devant Achille avec Briséis que les vieillards lui ramènent. Que d'alambiquages, que de petites intentions les modernes auraient prodigués sur ce sujet! Lui va au fait comme Homère... C'est le caractère le plus frappant de ces cartons.

Achille plongé dans le Styx: les petites jambes qui s'agitent, pendant que le haut du corps est caché par l'eau... La vieille qui tient un flambeau, et le fond qui est magnifique. Caron, les suppliciés, etc.