Achille découvert par Ulysse. Le geste d'Ulysse qui s'applaudit de sa ruse et montre Achille à un compère qui est avec lui.
Ne pas oublier les décorations de ces tapisseries: les enfants qui portent des guirlandes; les figures de termes, de chaque côté de la composition, et surtout l'emblème qui caractérise chaque sujet au bas et au milieu. Ainsi dans la Mort d'Hector, la bataille de coqs, dont l'énergie est inexprimable; dans celui du Styx, Cerbère couché et endormi sous la colère d'Achille; un lion rugissant, dans le dernier.
L'Agamemnon, superbe dans son indignation mêlée de crainte. Il est sur son trône. D'un côté, les vieillards s'avancent pour arrêter Achille; de l'autre, Achille tirant son épée, mais retenu par Minerve, qui le prend par les cheveux, brusquement comme dans Homère.
Achille à cheval sur Chiron m'a paru ridicule: il est comme au manège et a l'air d'un cavalier du temps de Rubens.
La mort d'Achille: celui-ci s'affaisse au pied de l'autel où il sacrifie; un vieillard le soutient; la flèche la traversé le talon. À la porte même du temple, Paris, avec un petit arc ridicule à la main, et au-dessus de lui, Apollon qui le lui montre avec un geste qui venge toute la guerre de Troie. Rien n'est plus anti-français que tout cela. Tout ce qu'il y avait, même d'italien, auprès paraissait bien froid.
J'espère y retourner...
*
Mardi 27 janvier.—Retourné ce jour voir les tapisseries. J'étais dans un état de malaise qui m'a empêché d'en tirer le parti que j'aurais voulu; j'ai fait quelques croquis et éprouvé la même impression et la même impossibilité de m'en aller. En sortant, chez Penguilly[41], où j'ai vu M. Fremiet[42], sculpteur; puis chez Cavé, que j'ai trouvé malade, je crois, gravement.
Il est impossible d'imaginer quelque chose qui soit au-dessus de cet Agamemnon. Quelle simplicité! La belle tête... avec un mélange d'appréhension, que domine l'indignation! Le vieillard lui prend la main, comme pour le calmer, et en même temps regarde Achille. La tête d'Hector mourant est une de ces choses qu'on n'oublie jamais; elle est la plus juste de tous points et la plus expressive que je connaisse dans la peinture. La barbe simple et d'un modelé admirable. La manière dont la lance le frappe, ce fer déjà caché dans sa gorge, et qui y porte la mort, font frémir. Voilà Homère et plus qu'Homère, car le poète ne me fait voir son Hector qu'avec les yeux de l'esprit, et ici je le vois avec ceux du corps. Ici est la grande supériorité de la peinture: à savoir, quand l'image offerte aux yeux non seulement satisfait l'imagination, mais encore fixe pour toujours l'objet et va au delà de la conception.