Lundi 23 février.—Les peintres qui ne sont pas coloristes font de l'enluminure et non de la peinture. La peinture proprement dite, à moins qu'on ne veuille faire un camaïeu, comporte l'idée de la couleur comme une des bases nécessaires, aussi bien que le clair-obscur, et la proportion et la perspective. La proportion s'applique à la sculpture comme à la peinture. La perspective détermine le contour; le clair-obscur donne la saillie par la disposition des ombres et des clairs mis en relation avec le fond; la couleur donne l'apparence de la vie, etc.
Le sculpteur ne commence pas son ouvrage par un contour; il bâtit avec sa matière une apparence de l'objet qui, grossier d'abord, présente dès le principe la condition principale qui est la saillie réelle et la solidité. Les coloristes, qui sont ceux qui réunissent toutes les parties de la peinture, doivent établir en même temps et dès le principe tout ce qui est propre et essentiel à leur art. Ils doivent masser avec la couleur comme le sculpteur avec la terre, le marbre ou la pierre; leur ébauche, comme celle du sculpteur, doit présenter également la proportion, la perspective, l'effet et la couleur.
Le contour est aussi idéal et conventionnel dans la peinture que dans la sculpture; il doit résulter naturellement de la bonne disposition des parties essentielles. La préparation combinée de l'effet qui compile la perspective et de la couleur approchera plus ou moins de l'apparence définitive suivant le degré d'habileté de l'artiste; mais dans ce point de départ, il y aura le principe net de tout ce qui doit être plus tard.
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Mardi 24 février.—Soirée d'enfants chez Mme Herbelin[69]; je remarque combien nos costumes sont affreux par le contraste des costumes de ces petits êtres qui étaient fort bariolés et qui, à raison de leur petite taille, ne se confondaient pas avec les hommes et les femmes. C'était comme une corbeille de fleurs.
Pérignon[70] m'a parlé de la manière de vernir provisoirement un tableau: c'est avec de la gélatine, comme celle que vendent les charcutiers, qu'on fait dissoudre dans un peu d'eau chaude et qu'on passe avec une éponge sur le tableau. Pour l'enlever, on prend de même de l'eau tiède.
Villot nous disait qu'on détruit l'ombre avec un mélange, parties égales d'essence, d'eau et d'huile. Bon pour repeindre.
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Mercredi 25 février.—Dîné chez Lehmann.—Revenu à l'Opéra-Comique et fini chez Boilay.