Lundi 4 octobre.—Jenny est partie ce matin pour aller passer quelque temps, le plus qu'elle pourra, auprès de Mme Haro, et moi, je suis souffrant et arrêté dans mon travail.
Haro se sert, pour mater les tableaux, de cire dissoute dans l'essence rectifiée, avec légère addition de lavande (essence); pour ôter ce matage, il emploie de l'essence mêlée à de l'eau. Il faut battre beaucoup pour que le mélange se fasse.
Ce matage, frotté avec de la laine, donne un vernis qui n'a pas les inconvénients des autres.
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Samedi 9 octobre.—Je disais à Andrieu qu'on n'est maître que quand on met aux choses la patience qu'elles comportent. Le jeune homme compromet tout en se jetant à tort et à travers sur son tableau.
Pour peindre, il faut de la maturité; je lui disais, en retouchant la Vénus, que les natures jeunes avaient quelque chose de tremblé, de vague, de brouillé. L'âge prononce les plans. Dans l'exécution des maîtres, des différences qui en amènent dans le genre d'effet. Celle de Rubens, qui est formelle, sans mystères, comme Corrège et Titien, vieillit toujours, donne l'air plus vieux: ses nymphes sont de belles gaillardes de quarante-cinq ans; dans ses enfants, presque toujours le même inconvénient.
Lundi 11 octobre.—Sur mes figures de la terre, qui étaient trop rouges, j'ai mis des luisants avec jaune de Naples, et j'ai vu, quoique cela me semble contrarier l'effet naturel qui me paraît faire les luisants gris ou violets, que la chair devenait à l'instant lumineuse, ce qui donne raison à Rubens. Il y a une chose certaine, c'est qu'en faisant des chairs rouges ou violâtres, et en faisant des luisants analogues, il n'y a plus d'opposition, partant le même ton partout. Si, par-dessus le marché, les demi-teintes sont violettes aussi, comme c'est un peu mon habitude, il est de nécessité que tout soit rougeâtre. Il faut donc absolument mettre plus de vert dans les demi-teintes dans ce cas. Quant au luisant doré, je ne me l'explique pas, mais il fait bien: Rubens le met partout... Il est écrit dans la Kermesse.
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Mardi 12 octobre.—Aujourd'hui, vu Cinna avec Mlle Rachel. J'y avais été pour le costume de Corinne: je l'ai trouvé à merveille. Beauvallet[94] n'est décidément pas mal dans Auguste, surtout à la fin. Voilà un homme qui fait des progrès; aussi les rides lui viennent, et probablement les cheveux blancs, ce que la perruque d'Auguste ne m'a pas permis de juger.