Les âmes innombrables de toutes les créatures humaines, y compris celles des idiots, des Hottentots et de tant d'hommes qui ne diffèrent en rien de la brute, auraient existé de toute éternité? Car enfin, la matière, sauf ses modifications successives, est dans ce cas: il fallait donc dans cette immensité de riens quelque chose destinée un jour à donner l'intelligence à celle-ci. Pourquoi, si l'esprit ne se perd pas, les créations des grandes âmes ne participent-elles pas à ce privilège?
Un bel ouvrage semble contenir une partie du génie de son auteur. Le tableau, qui est de la matière, n'est beau que parce qu'il est animé par un certain souffle, qui ne parvient pas plus à le préserver de la destruction que notre âme chétive à faire durer notre chétif corps. Au contraire, dans ce dernier cas, c'est souvent cette intempérante, folle, déréglée, avare, qui précipite son compagnon, j'allais dire inséparable, dans mille dangers et dans mille hasards.
[494] Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1842, sur les Études égyptiennes en France. L'auteur rappelle la représentation sur les tombeaux du jugement des âmes par les dieux.
[495] L'amiral Brueys d'Aigalliers (1753-1798).
[496] Delacroix écrivait à propos de ce projet de dictionnaire: «On pourra contester le titre de dictionnaire donné à un pareil ouvrage, à défaut d'un meilleur. On l'appellera, si l'on veut, le recueil des idées qu'un seul homme a pu avoir sur un art, ou sur les arts en général, pendant une carrière assez longue. Au lieu de faire un livre où l'on aurait cherché à classer par ordre d'importance chacune des matières...» (Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 431.)
[497] Toujours extrait du même fragment: «Il faut presque en venir à cette conclusion que plus le dictionnaire sera fait par des hommes médiocres, plus il sera vraiment un dictionnaire, c'est-à-dire un recueil des théories et des pratiques ayant cours. De là une banalité d'aperçus complète. Un article ne pourra présenter une certaine originalité, c'est-à-dire émaner d'un esprit ayant des idées en propre, sans trancher avec ceux qui ne font que résumer les idées de tout le monde sur la matière.» (Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 432.)
[498] «L'auteur a le plus grand respect pour ce qu'on appelle un livre; mais combien y a-t-il de gens qui lisent véritablement un livre? Il en est bien peu, à moins que ce ne soit un livre d'histoire ou un roman.» (Eugène Delacroix, sa vie et ses œuvres, p. 434.)
[499] C'est ce que Molière a si bien exprimé dans ce beau vers de sa Gloire du Val-de-Grâce:
Et les emplois de feu demandent tout un homme!