Chez Rossini, chez Ségalas ensuite, où le préfet[145] m'a montré une bienveillance très inaccoutumée. Il s'est prodigué en récits dans lesquels il ne m'a pas épargné ceux qui étaient à sa louange: sa fermeté, sa bravoure même dans différentes circonstances critiques ont été le thème de la conversation dans laquelle je n'ai eu qu'à approuver du bonnet.

Chez Rossini auparavant; je contemple avec plaisir cet homme rare: je l'entoure à plaisir d'une certaine auréole; j'aime à le voir; il n'est plus le Rossini moqueur d'autrefois.

J'y trouve la bonne Alberthe, sa fille et Mareste; c'est Boissard qui m'avait conduit.

*

11 janvier.—Aller chez Perpignan avant le conseil.—Chez Philippe Rousseau[146], si je peux.—Chez Mouilleron.—Je suis resté chez moi.

*

12 janvier.—(Le dîner du préfet.) Au lieu de dîner chez le préfet, j'ai été chez Mme Sand, voir au cirque sa pièce de Favilla[147]. Excellente donnée que la pauvre amie n'a pas fait ressortir. Je crois que malgré les belles parties de son talent, elle ne parviendra jamais à faire une pièce[148]; les situations périssent entre ses mains: elle ne connaît pas le point intéressant. Le point intéressant, tout est là; elle le noie dans des détails et émousse continuellement l'impression qui devrait résulter de la science des caractères. Cette situation d'un fou aimable, qui se croit le maître d'un château où on le tolère, devait être une excellente occasion de comique ou de pathétique; elle ne se doute pas le moins du monde de ce qui lui manque.

Cette obstination à poursuivre un talent qui paraît lui être refusé, à en juger par tant de tentatives infructueuses, la classe, bon gré, mal gré, dans un rang inférieur. Il est bien rare que les grands talents ne soient pas portés dune manière presque invincible vers les objets qui sont de leur domaine: c'est surtout à ce degré que conduit plus particulièrement l'expérience. Les jeunes gens peuvent se tromper pendant quelque temps sur leur vocation, mais non les talents mûris et exercés dans un genre.

*