Ils avaient les sabres au clair; de longs fusils et des épieux battaient leurs cuisses.
Au fond de la longue, et large route qui, bordée au bourg de fermes et de maisons blanches, pénétrait ensuite dans la forêt, au loin, près du carrefour de Villeroi, à l'extrémité de l'allée que barraient les grenadiers, une foule multicolore papillonnait, jetait et mêlait des taches blanches, pourpres, jaunes. De clairs personnages sortaient des coulisses de l'horizon. Ils apparaissaient, disparaissaient. Au-dessus de ce mouvant spectacle rayé par un soleil de clairière, les vols de corbeaux se débandaient par crainte des hourvaris et du forhu.
Les deux garçons descendirent de carriole. Et tout à coup Jasmin se sentit intimidé. Il allait voir le Roi! Cette idée bouleversa son cœur. Dans les châteaux où il taillait les charmilles, il avait souvent entendu parler de Louis XV. Il savait la puissance du souverain: il lui parut que la forêt la recelait entière, que les cors allaient annoncer la présence d'une chose formidable.
Eustache avait pris dans la voiture du pain et du fromage; il entraîna
Jasmin vers les taillis.
Ils se faufilèrent sous les ramées. Des gardes de la maison du roi empêchaient d'approcher du carrefour, «où l'on sert une halte à Sa Majesté», dirent-ils.
Heureusement Eustache rencontra un valet de chiens de sa connaissance; grâce à lui ils purent approcher.
—Regardez! dit le domestique.
Au bord de la route c'était d'abord les chevaux de la suite royale.
Parmi eux, un tout blanc:
—Le cheval du roi, murmura le valet.
Un autre, isabelle doré, avec la raie de mulet et les crins noirs.